Les émotions sont une composante essentielle de notre vie, mais elles sont souvent mal comprises. Il y a pas mal d’idées reçues à leur sujet alors qu’en fait, elles sont loin d’être nos ennemies. On les voit comme quelque chose à contrôler, à cacher, voire à fuir (et c’est d’autant plus vrai pour les hypersensibles qui vivent mal leur particularité). Pourtant, elles jouent un rôle crucial dans notre bien-être et notre développement personnel. C’est un des piliers de la connaissance de soi tout d’abord, mais aussi et surtout elles qui te donnent une direction, qui te poussent vers ta quête.
Cet article a pour objectif de t’aider à comprendre leur langage et à les apprivoiser, notamment si tu es hypersensible. Car oui, les émotions sont ton GPS intérieur, et apprendre à les écouter peut transformer ta relation avec toi-même et avec les autres.
Qu'est-ce qu'une émotion ?
Avant de plonger dans le vif du sujet, prenons un instant pour définir ce que c’est réellement.
D’après le dictionnaire de l’Académie française, une émotion est « une réaction affective brusque et momentanée, agréable ou pénible, souvent accompagnée de manifestations physiques. »
Autrement dit, c’est une réaction spontanée à un stimulus externe ou interne. Elle se manifeste sur trois plans :
- Physiologique : accélération du rythme cardiaque, tensions musculaires, bouffées de chaleur…
- Comportemental : rire, pleurer, crier, s’éloigner d’une situation…
- Cognitif : elle s’ancre en nous sous forme de souvenir, d’expérience émotionnelle.
C’est donc un état de conscience qui peut être agréable ou désagréable et qui entraîne des modifications physiques qui bien souvent échappent à notre contrôle.
Il est essentiel de comprendre que les émotions sont éphémères : elles ne durent que quelques secondes. Ce qui persiste, ce sont les sentiments et les pensées que nous associons à ces émotions.
On voit déjà ici que le fait de “contrôler” ses émotions est un peu utopique. Certains avec beaucoup d’entrainement y arrivent peut-être, comme de grands joueurs de poker par exemple, mais pour le commun des mortels ce n’est pas chose aisée.
Ce n’est pas très glamour, mais l’émotion répond à un stimuli. Autrement dit, c’est un peu comme si on appuyait sur un bouton et paf, elle se déclenche.
Suite à cette réaction quasi automatique, tu vas réagir à trois niveaux. Sur le plan physiologique, comportemental et subjectif.
Concrètement, imaginons que l’un de tes collègues vienne te voir en pleine open space et commence à te crier dessus. Face à cette situation, tu tenteras de rester professionnel, mais il est probable que face à sa colère, ta propre colère se manifeste. Tu vas physiologiquement ressentir une augmentation de ton rythme cardiaque, tes muscles vont se tendre, peut-être que tu vas serrer les poings. Au niveau comportemental, tu vas répondre en élevant la voix et enfin sur le 3ème plan cela va inscrire une expérience. Cet épisode va rester ancré dans ton cerveau et à chaque fois que tu verras ce collègue, tu auras probablement un sentiment de colère associé à ce qui s’est passé et ce sentiment pourra perdurer si aucune discussion ou prise de recul n’a lieu. Et cela risque d’affecter ton travail, d’où le fait de sortir de ses schémas automatiques, de reprendre le pouvoir et d’apprendre à « gérer » tes émotions.
Faut-il gérer sa sensibilité ?
Mais alors si nos émotions nous arrivent par réflexe, pourquoi parle-t-on de « gérer » ses émotions et qu’est-ce que cela veut vraiment dire ? En tant qu’hypersensible, peut on gérer son hypersensibilité ?
On entend souvent parler de « gestion des émotions ». En réalité, ce terme peut induire en erreur. D’ailleurs, je déteste cette expression, car il y a derrière l’idée qu’on peut les contrôler, pire, que c’est une bonne idée de le faire. Comme si on pouvait se sentir supérieur si on arrive à le faire. Une émotion ne se contrôle pas, elle s’écoute et s’apprivoise. C’est même totalement contre productif. Il n’y a rien à gérer, à contrôler, mais plutôt à écouter, à apprivoiser. Et cela vaut tout aussi bien pour les hypersensibles.
Depuis notre plus tendre enfance, nous avons été conditionnés à rejeter nos ressentis. On nous a appris à cacher notre colère, à ravaler nos larmes, à ne pas exprimer nos peurs. Or, cette négation de notre sensibilité, crée des déséquilibres intérieurs et peut nuire à notre bien-être mental. Notre relation aux émotions est faussée et cela a des répercussions sur notre vie d’adulte et notre vie émotionnelle. On ne sait plus ce qu’on ressent, et c’est bien dommage.
Plutôt que de chercher à les contrôler, il est plus bénéfique de les exprimer, d’apprendre à les accueillir et à les comprendre.
Les 4 émotions de base
Il faut savoir qu’il existe quatre émotions de base qui sont de l’ordre de l’innée. On ne les apprend pas , on les vit tout simplement. Et des recherches ont d’ailleurs montré que peu importe la culture, on réagit tous à ses émotions dites « de base » de la même manière.
1. La joie
Elle nous informe que nous sommes entiers, que nous sommes là où nous devons être et que nous faisons ce que nous devons faire. Elle nous indique que nos besoins et nos valeurs sont respectés et que nous sommes alignés avec nous-mêmes.
Elle nous montre donc ce qui est important pour nous et l’idéal à poursuivre. Elle nous pousse également à partager et à savourer l’instant présent. Elle peut avoir un effet positif sur notre confiance et notre épanouissement personnel et notre bien-être.
En tant que personne hypersensible, cette joie peut être ressenti pour soi ou pour les autres, car les ultrasensibles ont une empathie supérieure à la moyenne. Il est également possible de la cultiver grâce à un environnement particulier et des activités qui nous nourrissent.
Il est important d’apprendre à la reconnaitre pour la savourer et recréer les conditions permettant sa venue.
2. La tristesse
La tristesse est associée à un évènement indésirable. Elle survient lors d’une perte ou d’une transition importante. Elle provoque souvent un comportement de repli sur soi. Lorsque nous ressentons de la tristesse, il faut se demander quelle partie de nous est en train de se transformer. Il est nécessaire de quitter cette partie de soi pour laisser place à une nouvelle partie et cela peut avoir un impact significatif sur notre développement personnel.
Cette tristesse nous invite à prendre du recul, à nous recentrer sur nous-mêmes. Elle a besoin de temps pour être vécue pleinement et dépassée.
D’un point de vu extérieur, les personnes hypersensibles ressentent davantage cette tristesse qui la plupart du temps se manifeste par des larmes. Leur grande empathie rend les choses encore plus difficiles à vivre car un hypersensible peut être triste pour lui mais également pour son entourage ou même des inconnus. Savoir dissocier sa tristesse de celle des autres va être essentiel pour mieux vivre cette sensibilité et ne pas avoir l’impression de trop ressentir.
3. La colère
La colère se manifeste lorsqu’une valeur ou une limite a été bafouée, lorsqu’une personne a transgressé une norme importante pour nous. Elle s’accompagne souvent d’un sentiment d’injustice. Elle révèle un conflit ou une insatisfaction. Elle nous invite à rechercher quelles limites, quelles valeurs ont été transgressées. Elle nous incite à exprimer nos besoins et à poser nos limites.
Bien souvent considérée comme une émotion « négative », elle agit comme une énergie puissante qui pousse à l’action.
Sa régulation est cruciale pour éviter des comportements négatifs.
4. La peur
Elle est là pour nous alerter d’un danger potentiel. Elle nous permet d’anticiper et d’éviter certains risques. C’est une émotion nécessaire à notre survie. Sa compréhension peut améliorer notre capacité à faire face à des situations stressantes.
Toutefois, la peur doit être rationnelle. Parfois, nous la ressentons alors qu’il n’y a pas de danger de mort.
Ces peurs irrationnelles sont à l’origine de véritables blocages, de croyances limitantes (peur du rejet, peur de l’échec, etc.).
Dans notre éducation, nous avons appris des peurs irrationnelles qui ne sont pas en lien avec le danger réel : peur du jugement des autres, peur de l’échec, de la réussite, des responsabilités.
Quand bien même ces peurs sont irrationnelles, elles sont là quand même et nous freinent dans l’atteinte de nos objectifs, nous empêchent d’être pleinement nous-mêmes, surtout si ces peurs se manifestent de façon inconsciente.
Le message derrière la peur peut-être que nous ne sommes pas suffisamment préparés pour une situation ou que nous devons plus nous protéger.
Toutes ces émotions ont une fonction essentielle : elles nous renseignent sur nos besoins.
La joie
besoin de partage
La tristesse
besoin de réconfort
La colère
besoin de justice et de protection
La peur
besoin de sécurité
Quand nous comprenons cela, nous réalisons que chaque émotion a un message à nous transmettre. Elle agit comme un simple messager.
Au-delà de ces émotions de base, à travers notre éducation, on va découvrir d’autres émotions de socialisation, pour reprendre le terme de Christel Petitcollin.
On va aussi apprendre, en fonction de notre culture, de notre sexe ou de notre famille, que certaines sont autorisées et d’autres interdites. Alors, on va s’adapter, refouler certains ressentis, les remplacer par d’autres. Tout cela va bien entendu fausser notre GPS naturel qu’il va nous falloir re régler.
Des émotions négatives ?
Toutes ces émotions forment une palette de couleur qui nous est utile, il n’y a pas une couleur que l’on devrait utiliser tout le temps et une autre qu’on n’utiliserait jamais.
Pourtant, souvent, on considère qu’il y a des émotions positives et des émotions négatives
Quand on comprend le rôle des émotions, on comprend alors que c’est complètement faux et on arrive plus facilement à relativiser. Certes, il y a des émotions qu’on peut considérer comme agréables et d’autres comme désagréables. Si je te demande si tu préfères ressentir de la joie ou de la tristesse, apriori, tu me répondras de la joie.
Mais toutes les émotions, je dis bien TOUTES les émotions, sont utiles. Car elles ont toutes un message à nous transmettre, et ce message est bon pour nous. Même si parfois, on a pas envie de l’écouter.
Notre éducation et la société actuelle nous amène à ne pas utiliser notre GPS de la bonne façon car on nous fait croire que l’on a pas le droit de ressentir certaines émotions ou alors uniquement dans un contexte précis. On nous fait croire qu’il est bon de savoir contrôler. ses émotions, alors que c’est totalement contre productif. Alors on s’adapte pour rentrer dans le moule, mais on se perd en chemin et c’est dommage.
Avant de comprendre l’utilité des émotions, j’avais tendance à vouloir réprimer mes émotions négatives, celle que je n’aimais pas ressentir. J’ai même arrêté d’écrire de la poésie, parce que je n’écrivais que des choses tristes, et je me disais que ça allait m’empêcher d’être plus heureuse ; alors qu’en fait, c’est tout le contraire. Les émotions négatives que l’on vit, sont là pour nous aider à mieux nous comprendre et nous guider sur un chemin aligné avec nous-mêmes. C’est pourquoi, désormais, quand je ressens une émotion désagréable, aujourd’hui, je ne cherche pas à l’étouffer, mais je lui accorde toute la place qu’elle mérite et j’essaie de déchiffrer le message qu’elle est venue me porter. J’avoue, ce n’est pas toujours simple. Mais c’est libérateur. C’est ainsi que je recommence de gérer son stress, laisse ton GPS faire son travail !
Comment réguler ses émotions ?
Lorsqu’une émotion apparaît, nous avons deux choix : la refouler ou l’accueillir. La refouler demande une énergie considérable et crée des tensions internes ; mais l’accueillir permet de la laisser circuler, de mieux la comprendre et d’agir en conséquence.
Voici un processus en 6 étapes pour mieux réguler tes émotions :
🔹 1. Identifie la situation déclenchante
Décris en détail une situation où tu as ressenti une émotion forte. Plus tu mets de mots dessus, plus tu pourras la comprendre.
🔹 2. Mets un nom sur l’émotion ressentie
Prends le temps de nommer précisément ce que tu ressens. Est-ce de la frustration, de la tristesse, de la peur ?
🔹 3. Évalue l’intensité de l’émotion
Classe l’émotion sur une échelle de 1 à 10. Cela t’aidera à prendre du recul et à relativiser.
🔹 4. Cherche le message derrière l’émotion
Chaque émotion est liée à un besoin insatisfait. Demande-toi :
🔸 De quoi ai-je besoin en ce moment ?
🔸 Quel message cette émotion veut-elle me transmettre ?
🔹 5. Détermine des actions concrètes
Trouve une ou deux actions qui peuvent t’aider à répondre à ce besoin. Par exemple, si tu ressens de la tristesse, peut-être as-tu besoin d’en parler à un proche ou de t’accorder un moment pour toi.
🔹 6. Planifie ces actions
Ne laisse pas ces prises de conscience en suspens. Programme-les dans ton agenda et engage-toi envers toi-même.
Autres techniques pour mieux gérer ses émotions au quotidien
1. L'ancrage corporel
Pratiquer des techniques d’ancrage peut aider à réguler les émotions intenses. Par exemple, se tenir debout les épaules et les hanches alignées, en respirant profondément et en visualisant des racines qui nous ancrent dans le sol, peut nous aider à rester calme et centré face à une tempête émotionnelle.
2. La gratitude
Chaque jour, prends quelques minutes pour noter trois choses positives.
3. L'activité sportive
Le sport libère des hormones du bien-être et aide à évacuer les tensions.
4. L'entourage positif
Entoure-toi de personnes bienveillantes qui t’élèvent plutôt que de te tirer vers le bas.
5. Éviter les médias anxiogènes
Prends du recul face aux nouvelles négatives qui nourrissent le stress et l’anxiété.
6. La bienveillance envers soi-même
Arrête l’auto-sabotage et parle-toi comme tu parlerais à un.e ami.e. N’oubliez jamais de célébrer tes victoires, aussi petites soient-elles, et de reconnaître tes qualités et tes valeurs. Cette simple pratique peut aider à renforcer ta confiance en toi, un élément clé pour mieux « gérer » tes émotions au quotidien et prendre de meilleures décisions.
7. La sophrologie
Les hypersensibles sont généralement sensibles à cette technique de régulation émotionnelle. Cette dernière leur permet de mettre à distance leurs pensées envahissantes, de se débarrasser de phobies, de développer leur confiance en eux ou encore de se détacher du regard des autres et de se recentrer sur soi. Elle est basée sur la respiration et te permettra entre autre de diminuer ton rythme cardiaque.
8. La méditation
Reprendre le pouvoir sur tes émotions
En appliquant ces conseils et en adoptant une perspective ouverte et bienveillante envers tes émotions, tu pourras naviguer plus sereinement à travers les hauts et les bas émotionnels de la vie. Les émotions ne sont pas là pour nous submerger, mais pour nous guider. Apprendre à les écouter, c’est se donner la chance d’une vie plus alignée et plus sereine.
Alors, la prochaine fois qu’une émotion forte te traverse, plutôt que de la réprimer, accueille-la et demande-toi quel message elle veut te transmettre.
✨ « Gérer ses émotions n’implique pas de les contrôler, mais de les accueillir en tenant compte du message qu’elles véhiculent. » – Serge Desjadins
Et si tu ressens le besoin d’être accompagnée sur ce chemin, je t’invite à contacter un.e psychologue ou à réserver un appel découverte pour en discuter. 😊


